« Tourne à droite ! — Attends… l’autre droite ? » Cette petite scène du quotidien dit quelque chose de très banal : distinguer la droite de la gauche n’est pas si simple. Derrière cette hésitation se cache un ensemble de mécanismes psychomoteurs qui mobilisent à la fois le corps, l’espace et le langage.
Pour s’orienter correctement, il faut d’abord avoir construit un schéma corporel suffisamment précis, c’est-à-dire savoir situer les différentes parties de son corps et leurs relations. À cela s’ajoute la latéralité, qui correspond à la dominance d’un côté du corps, ainsi que la capacité à se repérer dans l’espace et à associer des mots à des sensations. La droite et la gauche ne sont pas des repères absolus comme le haut et le bas ; elles dépendent du point de vue, ce qui complique leur traitement, surtout en situation de stress ou de rapidité.
Chez l’enfant, cette distinction se construit progressivement et passe d’abord par l’expérience corporelle avant de devenir une connaissance plus abstraite. Certains adultes continuent d’hésiter, non pas par manque de compréhension, mais parce que l’automatisation reste fragile ou moins accessible dans certaines situations. Il s’agit donc moins d’une erreur que d’un léger décalage dans le traitement de l’information.
L’apprentissage de cette distinction évolue aussi selon l’âge :
- Petite enfance (2–6 ans) : l’apprentissage de la droite et de la gauche passe surtout par le corps et le jeu. L’enfant explore, imite et associe progressivement les mots à des sensations concrètes, mais la distinction reste encore instable.
- Enfance (6–10 ans) : la notion devient plus structurée. L’enfant commence à utiliser des repères stables (main dominante, dessins, consignes scolaires) et peut réussir dans des situations simples, mais les erreurs persistent en cas de vitesse ou de changement de perspective.
- Pré-adolescence et adolescence : la distinction est en général automatisée, mais peut encore demander un effort dans des contextes complexes (stress, multitâche, sport, orientation rapide).
- Âge adulte : la plupart des individus ont une automatisation solide, mais des hésitations peuvent réapparaître ponctuellement, surtout lorsque l’attention est sollicitée ailleurs ou en situation inhabituelle.
La psychomotricité propose d’aborder cette difficulté en s’appuyant sur le mouvement et les sensations. Plutôt que de corriger directement, elle cherche à renforcer les repères corporels et à rendre l’orientation plus fluide. Expérimenter, se tromper, ajuster : ce processus fait partie intégrante de l’apprentissage.
Finalement, confondre droite et gauche rappelle que notre cerveau gère en permanence des informations complexes. Ce petit flottement n’est pas un échec, mais le signe d’un système en activité, qui cherche à s’organiser dans l’espace.
Marion Bonvarlet

“Turn right! — Wait… the other right?” This small everyday scene reveals something very simple: distinguishing right from left is not so easy. Behind this hesitation lies a set of psychomotor mechanisms that involve the body, space, and language.
To orient ourselves correctly, we first need to build a sufficiently precise body schema, meaning the ability to locate different parts of the body and understand their relationships. Added to this is laterality, which refers to the dominance of one side of the body, as well as the ability to navigate space and associate words with sensations. Right and left are not absolute reference points like up and down; they depend on the point of view, which makes them harder to process, especially under stress or time pressure.
In children, this distinction develops gradually, first through bodily experience before becoming a more abstract form of knowledge. Some adults continue to hesitate, not because they lack understanding, but because automation remains fragile or less accessible in certain situations. It is therefore less an error than a slight delay in information processing.
The learning of this distinction also evolves with age:
- Early childhood (2–6 years): learning right and left relies mainly on the body and play. The child explores, imitates, and gradually associates words with concrete sensations, but the distinction remains unstable.
- Childhood (6–10 years): the concept becomes more structured. The child begins to use stable reference points (dominant hand, drawings, school instructions) and can succeed in simple situations, although mistakes still occur under time pressure or when perspective changes.
- Pre-adolescence and adolescence: the distinction is generally automated, but may still require effort in complex contexts (stress, multitasking, sports, fast orientation).
- Adulthood: most individuals have a well-established automation, but occasional hesitation can still occur, especially when attention is divided or in unfamiliar situations.
Psychomotor therapy approaches this difficulty by focusing on movement and sensory experience. Rather than correcting directly, it aims to strengthen body-based reference points and make spatial orientation more fluid. Experimenting, making mistakes, and adjusting are all part of the learning process.
Ultimately, confusing right and left reminds us that the brain constantly processes complex information. This small hesitation is not a failure, but a sign of an active system trying to organize itself in space.
Marion Bonvarlet
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