L’augmentation du temps passé devant les écrans chez les enfants soulève aujourd’hui de nombreuses questions, notamment lorsqu’on observe chez eux de l’agitation, des difficultés d’attention ou une certaine impulsivité. Le regard du développement psychomoteur permet d’éclairer ces phénomènes en replaçant l’enfant dans une vision globale, où le corps, les émotions et les capacités cognitives évoluent ensemble.
Chez l’enfant, le développement se construit avant tout à travers l’expérience vécue. Bouger, courir, toucher, manipuler, tomber et recommencer sont autant d’étapes essentielles qui participent à l’organisation du cerveau et à la régulation du comportement. Le corps joue un rôle central dans cet équilibre. Il permet à l’enfant de décharger ses tensions, d’explorer ses capacités et de structurer progressivement son rapport au monde. C’est à travers ces expériences concrètes que se développent aussi bien la motricité que l’attention et la gestion des émotions.
Les écrans, en comparaison, proposent une forme de stimulation très différente. Ils captent l’attention par des images rapides, des sons attractifs et des changements constants, mais sollicitent très peu le corps. L’enfant est alors dans une position plutôt passive, ou du moins limitée sur le plan moteur. Cette absence d’engagement corporel peut freiner certains processus essentiels, notamment l’intégration sensorielle et la construction du schéma corporel.
Lorsque le temps d’écran prend une place importante, plusieurs effets peuvent apparaître. L’un des premiers concerne le besoin de mouvement. Un enfant a naturellement besoin de bouger pour réguler son niveau d’excitation interne. S’il reste longtemps immobile devant un écran, cette énergie ne disparaît pas ; elle peut au contraire s’accumuler et se manifester ensuite sous forme d’agitation, parfois difficile à canaliser.
Par ailleurs, la stimulation rapide et intense des écrans habitue le cerveau à un niveau élevé d’excitation. Dans le quotidien, les situations deviennent alors moins captivantes en comparaison. Attendre, écouter, se concentrer sur une activité plus lente peut devenir compliqué, ce qui peut donner l’impression d’un enfant impatient ou dispersé. Cette difficulté n’est pas forcément un trouble en soi, mais plutôt le reflet d’un décalage entre les types de stimulations reçues.
Les écrans influencent aussi la manière dont l’enfant apprend à gérer ses émotions. Dans la vie réelle, les interactions impliquent des frustrations, des attentes et des ajustements constants à l’autre. Ces expériences sont fondamentales pour construire la capacité à se réguler. À l’inverse, les contenus numériques offrent souvent une gratification immédiate, ce qui peut rendre plus difficile l’apprentissage de la patience et de l’apaisement autonome.
Les professionnels du développement psychomoteur insistent sur un point essentiel : ce n’est pas l’existence des écrans qui pose problème, mais leur place dans le quotidien de l’enfant. Lorsqu’ils prennent le dessus sur les expériences corporelles, relationnelles et sensorielles, un déséquilibre peut s’installer. L’agitation apparaît alors comme un signal, une manière pour l’enfant d’exprimer un besoin non satisfait, souvent lié au mouvement ou à la régulation interne.
Trouver un équilibre consiste avant tout à redonner une place centrale au corps et aux expériences réelles. Un enfant a besoin de jouer librement, d’explorer son environnement, d’interagir avec les autres et de vivre des situations variées qui sollicitent à la fois ses sens, son mouvement et ses émotions. Les écrans peuvent exister dans ce cadre, à condition de rester limités, accompagnés et adaptés à l’âge.
Ainsi, l’agitation ne doit pas être perçue uniquement comme un problème à corriger, mais comme un indicateur à comprendre. Le développement psychomoteur nous rappelle que pour grandir de manière harmonieuse, l’enfant a avant tout besoin d’expériences concrètes, corporelles et relationnelles, qui lui permettent de construire progressivement ses capacités d’attention, de régulation et d’adaptation au monde qui l’entoure.
Marion Bonvarlet

The increasing amount of time children spend in front of screens raises many questions today, especially when we observe agitation, attention difficulties, or a certain level of impulsivity. The perspective of psychomotor development helps shed light on these phenomena by placing the child within a global framework, where the body, emotions, and cognitive abilities evolve together.
In children, development is built primarily through lived experience. Moving, running, touching, handling objects, falling, and trying again are all essential steps that contribute to brain organization and behavioral regulation. The body plays a central role in this balance. It allows the child to release tension, explore their abilities, and gradually structure their relationship with the world. It is through these concrete experiences that both motor skills, attention, and emotional regulation develop.
Screens, by comparison, offer a very different kind of stimulation. They capture attention through rapid images, engaging sounds, and constant changes, but involve very little bodily engagement. The child is therefore in a rather passive position, or at least limited from a motor perspective. This lack of physical involvement can hinder certain essential processes, particularly sensory integration and the development of body awareness.
When screen time becomes significant, several effects may appear. One of the first concerns the need for movement. Children naturally need to move in order to regulate their internal level of arousal. If they remain still for long periods in front of a screen, this energy does not disappear; on the contrary, it can build up and later manifest as agitation, sometimes difficult to manage.
Moreover, the fast and intense stimulation of screens accustoms the brain to a high level of excitation. In everyday life, situations may then feel less engaging by comparison. Waiting, listening, or focusing on slower activities can become more difficult, which may give the impression of a restless or easily distracted child. This difficulty is not necessarily a disorder in itself, but rather reflects a mismatch between the types of stimulation the child is exposed to.
Screens also influence how children learn to manage their emotions. In real life, interactions involve frustrations, waiting, and constant adjustments to others. These experiences are fundamental in building self-regulation skills. In contrast, digital content often provides immediate gratification, which can make it harder to develop patience and the ability to self-soothe.
Professionals in psychomotor development emphasize a key point: it is not the existence of screens that is problematic, but the place they occupy in a child’s daily life. When they take precedence over physical, relational, and sensory experiences, an imbalance may develop. Agitation then appears as a signal, a way for the child to express an unmet need, often related to movement or internal regulation.
Finding balance primarily means restoring a central role to the body and real-life experiences. A child needs to play freely, explore their environment, interact with others, and engage in varied situations that involve their senses, movement, and emotions. Screens can exist within this framework, as long as they remain limited, guided, and age-appropriate.
Thus, agitation should not be seen only as a problem to correct, but as a signal to be understood. Psychomotor development reminds us that, in order to grow harmoniously, children above all need concrete, physical, and relational experiences, allowing them to gradually build their attention, self-regulation, and ability to adapt to the world around them.
Marion Bonvarlet
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