Porter son bébé, c’est d’abord une manière instinctive et profondément humaine de répondre à ses besoins les plus essentiels. Quand un nourrisson est contre le torse de son parent, son corps entier s’apaise : le rythme cardiaque se régule, la respiration devient plus souple, la température se stabilise, les pleurs diminuent. C’est une situation qui réactive ce qu’il a connu pendant neuf mois : un environnement contenant, chaud, rythmé, proche. Beaucoup de parents se demandent pourtant s’il existe un risque à trop porter leur enfant, comme si l’excès de proximité pouvait freiner l’autonomie ou créer une « mauvaise habitude ». Dans la réalité du développement, c’est souvent l’inverse qui se produit. Un bébé porté fréquemment bénéficie d’un sentiment de sécurité interne plus solide, et cette sécurité est précisément ce qui lui permettra, plus tard, d’explorer plus loin.
Le portage, lorsqu’il est confortable et adapté, offre un véritable terrain d’expérimentation sensorielle et motrice. Le bébé perçoit les mouvements du parent, module son tonus. Il ressent aussi les variations de pression, de contact, de chaleur, autant de repères qui nourrissent la construction de son schéma corporel. Porter ne signifie pas que l’enfant ne vivra pas au sol, ni qu’il renoncera aux expériences libres dont il a aussi besoin pour explorer, rouler, pivoter, ramper, se redresser. Le portage n’est pas un substitut au jeu au sol ; c’est un complément. Dans une journée, il peut exister des moments pour chacun : un temps porté pour se rassurer, digérer une émotion ou simplement profiter de la proximité, puis un temps posé pour expérimenter l’espace, toucher, essayer, recommencer. Si le bébé réclame beaucoup les bras, c’est souvent le signe d’un besoin d’ajustement, d’un tempérament plus sensible, d’un rythme à apprivoiser, mais cela ne dit rien de négatif sur son futur niveau d’autonomie.
On ne porte pas « trop » un bébé. On le porte autant que lui en a besoin et autant que le parent en a la disponibilité. Ce sont les limites de l’adulte – la fatigue, l’organisation, le confort – qui servent de repère pour trouver l’équilibre juste. Lorsque ces besoins se rencontrent sans se nier, la relation se construit dans une sécurité paisible : le bébé se sent accueilli, le parent reste dans sa zone de confort. Et c’est précisément cette sécurité-là qui, jour après jour, permet à l’enfant de prendre appui pour s’éloigner, explorer, revenir, et recommencer, avec de plus en plus d’assurance.
Margaux Gaudin

Carrying your baby is first and foremost an instinctive and deeply human way to respond to their most essential needs. When an infant is held against their parent’s chest, their whole body calms down: the heart rate regulates, breathing becomes smoother, temperature stabilizes, crying decreases. It recreates what they experienced for nine months: a contained, warm, rhythmic, close environment. Many parents wonder whether there is a risk in carrying their child too much, as though too much closeness could hinder autonomy or create a “bad habit.” In developmental reality, the opposite is often true. A frequently carried baby develops a stronger internal sense of security, and it is precisely this security that will later allow them to explore further.
When it is comfortable and well-suited, babywearing offers a true space for sensory and motor experimentation. The baby perceives the parent’s movements and adjusts their own tone. They also feel variations in pressure, contact, and warmth — all cues that nurture the building of their body schema. Carrying does not mean the child won’t spend time on the floor, nor that they will miss out on the free experiences they also need to explore, roll, pivot, crawl, or pull themselves up. Babywearing is not a substitute for floor play; it is a complement. In a given day, there can be time for both: time being carried to feel reassured, process an emotion, or simply enjoy closeness, and time on the ground to experiment with space, touch, try, and try again. If the baby often asks to be held, it is usually a sign of a need for adjustment, a more sensitive temperament, a rhythm to understand — but it says nothing negative about their future level of autonomy.
You don’t “over-carry” a baby. You carry them as much as they need, and as much as the parent is able. It is the adult’s limits — fatigue, organization, comfort — that guide the search for the right balance. When these needs meet without denying one another, the relationship builds in peaceful security: the baby feels welcomed, and the parent stays within their comfort zone. And it is precisely this sense of security that, day after day, allows the child to push off, move away, explore, return, and begin again with increasing confidence.
Margaux Gaudin
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